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Eva Green et Louis Garrel vivent dans un appartement luxueux en plein Paris. Nous sommes en 68 et le peuple est dans la rue, mais pas eux.

Ils sont jumeaux, siamois, et ne vivent que l'un pour l'autre. Ils adorent le cinéma, la liberté, l'immoralité, aussi. Un jour arrive Michael Pitt, un Lire la critique de Innocents. Pour débuter ; Non mesdemoiselles, voire le zizi de monsieur le clone imparfait de Jean-Pierre Léaud n'est pas un argument suffisant tout du moins pour faire de ce film un bon film. Et non messieurs, voir les seins "missiles" d'Eva Green n'équivaut pas une argutie.

Ce film m'a renvoyé un message sans doute bien éloigné de celui que souhaitait originellement faire passer Bertolucci. Je n'ai vu dans ce film qu'un prétexte à la sexualité facile Antéchrist, quand tu nous as traumatisé La présence de Louis Garrel au casting n'est pas étrangère à ma subite envie de voir ce film, soyons honnêtes. Le message liminaire d'Arte - "Ce film présente des scènes à caractère érotique" - a également renforcé ma motivation à tenir jusqu'à 1h du matin. Bien m'en a pris!

Alors, il faut dépasser le premier tiers, dont certaines scènes à la radicalité Il est étonnant de voir à quel Donc, ça, c'est fait, j'en suis débarrassé. Outre la superbe plastique d'Eva Green, admirable sous toutes les coutures, ce film possède beaucoup de qualités: Soit trois jeunes livrés avec le pack jeunesse: Matthew est américain et débarque en France où il compte parfaire son français dans les salles obscures de la Cinémathèque très fréquent, vraiment.

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Pour se venger, mon corps me fait mal. Il me fait mal de partout. J'ai mal au dos, j'ai mal au torse, j'ai mal aux pieds, aux bras, à la tête. Tous les jours une nouvelle partie de moi se manifeste. Je ne peux pas parler Je ne sais pas où cela va me mener. Je vais laisser parler mon âme. J'aimerai que mon histoire serve à d'autres. J'aimerais que mon histoire brise des tabous.

Je pense que certains vont être déçus Tiens, c'est étrange, je me prends en flagrant délit de minimisation des faits, ce qui me cause encore et toujours préjudice dans la reconnaissance de ma souffrance. Il est fort probable que je sois dans l'incapacité de tout écrire d'une traite. Que je fasse des allers et retours dans la chronologie. Je ne sais même pas par quoi commencer. J'ai bien des difficultés à tirer sur le fil et à trouver le début de la bobine.

Mes souvenirs sont très flous. Des images me reviennent inlassablement, par flash. Les sensations physiques me hantent quand je m'endors le soir ou à des moments improbables au détour d'une image, d'une odeur, d'un effleurement, d'un mot, d'une série TV.

Ces souvenirs fracassent à chaque instant ma joie de vivre. Ils me replongent inévitablement dans le passé, dans le noir, dans un trou béant sans fond. Je ne suis jamais en paix. Lors de mon premier souvenir, j'ai, je pense, ans. Je situe mon âge en fonction des lieux que j'occupe et de leur configuration. En fait, c'est comme si mes yeux étaient sortis de mon corps et que j'assistais à la scène.

Je me vois nue avec un homme. C'est un stagiaire que mes parents accueillent à la maison pour apprendre le métier d'agriculteur. Mes souvenirs s'arrêtent là. Que s'est-il passé vraiment? Je l'ignore en fait. Je sais que mes parents étaient partis en réunion et qu'ils m'avaient confiée à sa garde. Pourquoi me suis-je retrouvée dans son lit? J'en n'en ai aucune idée A mon deuxième souvenir j'ai 8 ans. Je sais que c'est avant que mes parents rénovent leur maison en Je suis née en Mathématiquement, j'ai donc avant 8 ans.

Dans ce souvenir, je me vois. Je me vois d'abord jouer avec mon frère. Nous faisons du catch! Mon frère a 6 ans de plus que moi.

Il a donc environ 14 ans. Le début de son adolescence. Puis, je me vois immobilisée. Lui, assis sur moi me chevauchant ses deux genoux posés sur mes bras. Je ne peux pas bouger. Je hurle de rire. J'ai un autre souvenir, fugace celui-ci. Je suis sur un matelas, ou sur un tapis où je suis nue avec mon frère dans la même pièce que dans le souvenir précédent.

Dans le souvenir d'après, les travaux de construction des chambres sont achevés. Je vais partager la même chambre avec mon frère pendant cinq ou six ans. Nos lits sont installés parallèlement, le mien jouxte la porte d'entrée. Une table de nuit les sépare. C'est le soir, je me suis dépêchée d'aller me coucher avant tout le monde.

Je sens ma peur. C'est étrange comment j'ai oublié certains faits mais comment la sensation de peur reste palpable. Même maintenant, l'angoisse m'envahit. Ce soir-là, je suis recroquevillée sur moi-même, les couvertures levées très haut sur mon visage. La lumière est éteinte. J'essaie de dormir, mais j'en suis incapable car j'ai peur. Je ne sais pas pourquoi je sais que cela aura lieu ce soir, encore.

Etait-ce parce qu'on était un samedi et c'était toujours le samedi ou parce que j'avais interprété des signaux pendant la journée? J'ai les yeux fermés. Mes oreilles sont en alerte. Elles suivent le bruit de ses pas qui contourne mon lit sur la moquette. Je les perçois mieux que si j'avais les yeux ouverts. Je sens l'air qui se déplace autour de moi. Il allume sa lumière de chevet.

Il s'assoie sur son lit. Puis, j'entends les bruissements des vêtements qu'il enlève. Je lui tourne le dos, j'ai toujours les yeux fermés. J'essaie d'avoir une respiration apaisée alors qu'elle est tout sauf apaisée pour lui donner l'illusion que je dors. Il se glisse sous ses draps. Quelques minutes s'écoulent, puis il murmure: La gravité de sa voix m'aurait presque fait sursauter s'il n'avait pas fallu que je fasse semblant de dormir. Je ne réponds pas.

Je fais celle qui dort, qui n'entend rien, pour lui donner tort. Le silence est pesant. Je suis concentrée sur le rythme de ma respiration pour qu'il soit le plus régulier et le plus naturel possible. Je suis restée silencieuse comme mortifiée le plus longtemps possible. Je sais que je l'ai répété plusieurs fois. Est-ce cette phrase qui m'a décidée? Je ne sais pas. Je sais que je me suis levée et je suis allée sur son lit en sachant pertinemment ce qui m'attendait et ce n'était pas une partie de catch.

Je savais également que ce n'étaiT pas la dernière fois. Comme je n'ai pas de souvenirs entre ces deux réminiscences, je pense qu'il a du se passer beaucoup de fois qui ont créé le climat de peur dans ma vie. Ensuite que s'est-il passé sur ce lit? Des chuchotements qui me demandent de me déshabiller Des chuchotements qui me disent que je suis belle Des susurrements dont je ne me rappelle plus le sens. Je vois à nouveau l'image du dessus Je sens le souffle chaud de sa bouche sur ma peau, sur mon visage, dans mon cou.

Il est entre mes jambes. Je ferme les yeux. Je ne dis rien. J'attends que ça se passe. J'ai le sentiment qu'il n'aurait pas pu me faire plus mal. Je ne me rappelle plus comment cet épisode s'est terminé. Mon dernier souvenir est, me semble-t-il, plus tard ou est-ce avant? Le temps est un problème pour recoudre les morceaux. Je crois que je suis encore plus vieille, mais je ne suis pas certaine de l'enchaînement des évènements.

Nos lits ont changé de place. Ils sont toujours parallèles, mais dans l'autre sens. Je crois que mon frère n'a pas le même lit. C'est un lit deux places. Mes souvenirs sont à nouveau furtifs. Mon frère avait apporté dans notre chambre à cette époque le tourne-disque vinyl de mes parents.

Il avait tendance à mettre la musique à fond sans me demander mon avis. Ce soir-là, il a effectivement mis la musique du film "Midnight express" à un niveau sonore élevé dans la chambre. Je pense que c'était pour masquer les bruits du lit à ressorts.

Aujourd'hui, je ne supporte plus cette musique, moi qui l'aimait tant, avant. J'ai le corps qui réagit dès que je l'entends. Elle est un facteur déclenchant mes souvenirs. De ce soir-là, je vois à la scène tantôt du dessus comme si c'était une autre, tantôt à ma place.

Nous sommes encore nus tous les deux. Il est entre mes jambes écartées. Il me demande de toucher son sexe. Je ne veux pas, cela me dégoute. Je sens son haleine sur mon visage. Il me touche partout. Il touche mon sexe. Je finis par toucher le sien. Je sens sa dureté dans ma main, et sa moiteur à l'entrée du mien. Il n'ira pas plus loin. Ce souvenir-là viendra me perturber jusque dans ma relation avec mon mari, lorsque nous avons commencé notre histoire.

Quand nous avons commencé à nous caresser, j'ai refusé de lui toucher le sexe parce que j'avais peur de retrouver les sensations désagréables que j'ai connues avec mon frère. Heureusement, mon ami a été tendre, gentil et compréhensif. Il m'a accompagnée avec sa propre main. Pas de quoi en faire un plat! En fait, il y en a trop mais aussi pas assez. J'ai la certitude qu'il y a eu plus d'évènements de ce genre, mais ma mémoire a tout effacé et c'est horrible.

Les spécialistes parlent d'amnésie post-traumatique. Habituellement, on entend parler de ce phénomène lorsqu'une personne a vécu une agression d'une violence inouïe ou la guerre. J'ai parfois le sentiment d'être une sorte d'usurpatrice ou de mythomane. Je n'ai jamais eu mal. Pas de quoi fouetter un chat! La première fois qu'un psychologue a évoqué cela devant moi, j'ai eu beaucoup de difficultés à comprendre pourquoi j'étais touchée par ce phénomène. Je me rappelle que le professionnel me posait des questions assez précises sur tous les faits.

Pour moi c'était très déroutant. Comment pouvais-je ne pas me rappeler de tout cela? L'absence de souvenir contribue à augmenter le trouble en moi.

Les sensations sont étranges et difficilement explicables. J'ai le sentiment à la fois d'avoir tout vécu mais aussi que c'est arrivé à quelqu'un d'autre comme si j'avais été la spectatrice de mes sensations et de mes émotions. J'ai la certitude qu'ils se sont répétés toutes les semaines pendant environ 2 à 3 ans.

Mon frère me le confirmera plus tard d'ailleurs. Ce sont ces quelques réminiscences du passé qui ont semé le trouble à mon adolescence. Etait-ce réellement arrivé ou était-ce le fruit de mon imagination délirante? J'ai tellement enfoui ces pensées que lorsqu'elles surgissaient, elles semaient le doute dans ma tête. Avais-je été une victime ou étais-je en train de sombrer dans la folie pure et simple?

Longtemps j'ai cru que les événements avaient eu lieu entre 7 et 8 ans. J'ai interrogé ma mère récemment sur la date d'emménagement dans les nouvelles chambres. Elle m'a dit que c'était en Cela a sonné comme une claque pour moi mais en même temps cela a éclairci quelques incohérences entre les images de mes souvenirs et ce que mon intellect me soufflait. Dans mes souvenirs visuels, mon frère était plus grand que s'il n'avait que 13 ans.

Un autre événement a semé le trouble, c'est le changement de lit de mon frère. Pourquoi a-t-il changé de lit en baissant de qualité? Avec maman, nous sommes remontées dans le passé de la vie familiale.

Nous lui avons prêté un lit de meilleure qualité. Mon frère a donc hérité d'un vieux lit à ressort venant du grenier. Maman dit que ces faits ont eu lieu en Je prends une claque. En , j'avais 12 ans et mon frère Je prends conscience que les violences que j'ai subies ont duré beaucoup plus longtemps que ce que je pensais initialement. Cela change beaucoup de choses dans le regard que je porte sur les événements et sur la pseudo naïveté de mon frère. A l'instant où j'ai pris conscience de cela, une vague de colère est remontée de mon vendre jusque dans mes joues.

Je me suis sentie rougir. Mes dents se sont serrées de rage. Il n'est jamais venu dans mon lit. C'est toujours moi qui suis allée dans le sien. Ce détail est important dans le regard que je pose sur moi et dans mon questionnement interne, dans ma réparation.

Longtemps, j'ai estimé que si j'y allais c'est que j'y trouvais mon compte. Il y a même une psychologue que j'ai consultée qui m'a amenée à imaginer que j'y prenais du plaisir. Elle pensait que tant que je n'avais pas admis cela, je ne pourrais pas guérir.

Je ne suis pas guérie. Aujourd'hui, je me dis que cette idée est absurde. J'avais tout simplement peur. Mon frère me terrorisait Mais d'un autre côté, dans l'histoire de mon enfance, on peut penser que je récoltais une certaine satisfaction dans la mesure où pour une fois quelqu'un m'accordait une certaine place, quelqu'un faisait attention à moi. Mal, c'est certain, mais l'intérêt était réel même si je n'étais qu'un défouloir à la sexualité naissante et débridée d'un ado a qui on n'a pas appris l'interdit fondamental qu'est l'inceste.

Pourquoi n'ai-je rien dit? En fait je n'en sais rien! Je ne me rappelle pas avoir subi de chantage de sa part. En fait, je pense maintenant que le chantage n'était pas verbalisé mais il était totalement implicite.

Je crois que cela ne m'est pas venu à l'esprit. C'était comme ça et puis voilà. Il m'a fallu des années pour comprendre ce qu'il m'était arrivé. Je crois également qu'un concours de circonstances m'a empêchée de passer de l'ombre à la lumière. Je crois que longtemps je n'ai pas compris le problème. Maman étant dominée, je pense après coup que ma relation avec mon frère s'est inscrite dans ce schéma. En fait, je ne sais plus non plus réellement si tous ces faits sont remontés à la surface après avoir sombré dans l'oubli ou au contraire s'ils sont demeurés à fleur de peau.

C'est l'histoire de Carla, une adolescente de 17 ans qui veut tuer son père abuseur. Christine m'avait interdit de le lire avant mes 15 ans car elle pensait que j'étais trop jeune. Sans rire, quelle idée d'offrir un livre à une ado et lui interdire de le lire!

Comme tout ado, j'ai bravé l'interdit et je l'ai lu à 13 ans. Même si mon histoire est différente de celle de l'héroïne, j'ai eu le sentiment de ne plus être seule, que d'autres pouvaient avoir vécu la même chose et que c'était grave. Je comprenais mieux ce qui m'était arrivée.

Après cette lecture, j'ai traversé une période de doutes où mes souvenirs fugaces ont taquiné ma conscience. Ils étaient tellement fragiles qu'ils me faisaient douter de leur véracité.

Était-ce de vrais souvenirs ou des souvenirs que je m'étais inventés pour m'inventer une vie plus trépidante, où j'étais une triste héroïne. Lorsque je suis entrée au collège, j'ai perdu pied. De ma petite école à taille humaine, le collège m'est apparu ténébreux et froid.

Les professeurs me faisaient peur. Leur autorité, leurs savoirs m'angoissaient. Je me suis peu à peu repliée sur moi-même en salle de classe et mes notes ont chuté.

Les professeurs ne me voyaient pas. Je ne faisais pas de vague, pas de bruit. J'ai néanmoins pris du plaisir aux cours de sciences naturelles. La professeure était chaleureuse et son regard était bienveillant. Avec elle, j'étais présente, participative, engagée en classe. A la maison, je donne le change. Je suis en apparence une jeune adolescente très souriante, vive et spontanée. Elle était ma confidente. Enfin, quand je dis confidente, je lui faisais des petites confidences, de celles dont je n'avais pas honte.

En fait, je lui parle de ma vie du collège, je lui parle du garçon dont je suis amoureuse en secret. Cependant, je ne lui parle pas du drame qui se joue en moi. Au final, je quitte le collège pour aller dans une école où nous pouvons faire des stages. Je pars à la semaine car je suis interne.

Là-bas, je me lie d'amitié avec d'autres filles. Certaines ont vécu des drames similaires que je juge à l'époque beaucoup plus difficiles que le mien.

Cette comparaison m'empêche de me confier. Elles, elles ont été violées. Moi, ce n'était que des caresses. Les caresses cela ne fait pas mal Scolairement parlant, cette école me révèle à moi-même.

Je prends de l'assurance. Je suis la plus jeune. Je deviens rapidement le leader de classe. J'aide les autres et cela me permet de mémoriser mes cours plus vite.

Mes notes sont excellentes et je prends du plaisir à apprendre. Mes enseignants ne sont que des femmes. Ce jour est gravé de manière indélébile. Je suis dans le grenier familial en train d'étendre le linge lorsque le téléphone retentit. Puis j'entends ma mère qui crie. Je dévale les escaliers. Nous montons dans notre voiture et nous partons. Lorsque nous arrivons sur les lieux de l'accident, un pompier fait la circulation et demande à mon père de partir.

Je lis dans le regard du pompier une telle douleur et telle compassion que je sens immédiatement que c'est grave. Nous descendons de la voiture. Je me rappelle c'était une Renault 16 blanche. Plus loin devant, une bétaillère est à l'arrêt, emboutie elle aussi.

Avec maman, nous contournons l'auto par la gauche. Un pompier me bloque de son corps et me dit: Je m'installe devant la voiture, du tas de taule. Elle n'a plus de pare brise. La carcasse est défaite. J'avais reconnu le pull d'Estelle, le pull blanc qu'elle s'était tricotée elle-même et que j'aimais tant. Je suis partie en courant. J'ai bousculé le pompier de tout à l'heure et je me suis dirigée vers la voiture.

J'ai ouvert la portière et je me suis allongée sur le siège arrière et enfin je me suis mise à pleurer. Je suis restée là seule pendant de longues minutes. Je me suis peu à peu redressée et je me suis installée pour observer la scène. J'ai vu mes parents ravagés par l'horreur, par la peur et la tristesse. Et surtout, j'ai vu mon frère Il était là dans la scène, totalement hagard, à errer. Des personnes venaient lui parler.

Soudain son visage s'est tourné vers la voiture et il m'a regardée. Dans ses yeux, j'ai vu qu'il ne me reconnaissait pas. Il semblait ne pas comprendre pourquoi j'étais là. J'aurais voulu sortir de l'automobile pour courir le voir et le secouer de toutes mes forces pour le forcer à me regarder dans les yeux.

Malgré cette colère immense, je suis restée là, pantoise, à ruminer. Plus tard, mes parents me ramènent à la maison.

Dans la voiture, ils parlent beaucoup. Je ne comprends pas grand chose aux mots qu'ils utilisent. Ils parlent de plaie délabrante au visage, de coma Je ne sais pas ce que c'est tout ça, alors j'écoute. Je perçois que c'est grave même si je ne mesure pas la hauteur de cette gravité et surtout que cet accident va me plonger dans une solitude vertigineuse. Ils lui demandent de rejoindre la maison familiale pour qu'ils puissent se rendre à l'hôpital au chevet de leurs deux enfants.

A leur arrivée, tout le monde pleure. Papa et maman racontent Moi, j'écoute et je pleure. Puis papa et maman partent. Pendant ce temps-là, nous parlons de l'accident. Nous tentons de mettre du sens sur les événements. L'ami de Christine tente de détendre l'atmosphère par des blagues un peu potache. Je me rappelle qu'ils hébergeaient un homme du Honduras venu se former en France dans l'entreprise de mon beau-frère.

Mon beau frère lui a fait sentir à plein poumons de l'ammoniaque. Bien sur il a suffoqué. Qu'est-ce que nous avons ri. Stupidement, mais qu'est-ce que cela nous a soulagé. Lorsque me parents sont enfin rentrés, leur visage est grave. Les yeux de mamans sont humides et rouges d'avoir pleuré. Nous nous installons autour de la table. Papa nous rassure sur l'état de Marie et de mon frère. Par contre, ils ont peu d'information sur Estelle.

Le lendemain après midi, nous nous rendons tous à l'hôpital. Nous allons dans la chambre de Marie. Christine s'assoit dans le fauteuil sous la fenêtre, son ami marche dans la chambre. Moi je m'assois sur le lit. Papa et maman vont voir Estelle et les médecins. Pendant leur absence, la chambre est silencieuse. Le temps est suspendu à l'attente du verdict. Lorsque papa et maman regagnent la chambre, leur visage est défait. Les mots sont bruts: Elle a un triple traumatisme crânien, les poumons perforés, des brûlures au troisième degré, son visage est brisé.

A nouveau, je n'ai pas tout compris. Je n'ose pas demander qu'on m'explique. Voir mon père fondre en larmes de cette manière est un traumatisme. Je ne veux pas qu'il soit peiné, il l'est assez. Maman tient dans ses mains un sac poubelle bleu transparent. Je devine que ce sont les effets d'Estelle qui ont été restitué à mes parents. Papa, maman et moi allons ensuite au coffre de l'hôpital. Un agent nous redonne sa montre, son collier et sa bague bleue que je convoitais tant.

Nous rentrons le soir à la maison avec mon frère. Il dit ne se rappeler de rien de ce qui c'est passé pendant l'accident. Marie dit ne pas se souvenir non plus.

Lorsque nous rentrons à la maison, sur la table de la cuisine est posé le contenu de la voiture. À un moment où nous sommes seuls, mon frère s'en prend à moi de manière virulente. Il m'accuse d'avoir mangé les bonbons. Son regard est méchant, haineux. Je ne me souviens pas exactement des paroles, mais je me rappelle de ma peur. Je me suis défendue bien timidement en niant les faits dont j'étais effectivement coupable. Encore aujourd'hui, je suis assez décontenancée par ce souvenir. Comment pouvait-il se montrer si méchant avec moi en de telles circonstances?

C'est vrai que je m'étais goinfrée de ces sucreries, mais méritais-je autant de méchanceté? Méritais-je pour autant d'être insultée? Je n'arrive toujours pas à en comprendre le sens. Était-ce pour asseoir son pouvoir sur moi? Pour me reprendre en main? J'ai aussi longtemps pensé que ces Treets avaient été l'élément déclenchant de l'accident. Déplaçant son attention sur les sucreries, elle aurait perdu le contrôle de son véhicule qui serait allé percuter la camionnette.

J'ai alors pensé que la vue des bonbons pour mon frère avait déclenché un lourd sentiment de culpabilité qu'il avait préféré transférer sur moi plutôt que d'assumer lui-même ce sentiment tant c'était trop lourd à porter.

Ce même soir, alors que j'allais aux toilettes, j'ai entendu des gémissements étouffés derrière la porte qui jouxte les sanitaires. Intriguée j'ouvre délicatement la porte. Maman est là, ses yeux bleus plein de larmes.

Nos regards se croisent. Aucun mot n'est prononcé. Je la regarde plonger la main dans le sac poubelle bleu qu'elle a récupéré à l'hôpital. Elle saisit le fameux pull blanc qui m'a permis d'identifier Estelle dans la voiture.

En réalité, il n'est plus blanc. Maman marque un temps d'arrêt en tenant le pull avec ses deux mains. Il est tout déchiqueté. Maman m'explique alors que les pompiers ont du le découper pour pouvoir assurer les gestes d'urgence. Elle pivote, se met à genou et ouvre la porte de la chaudière à bois.

Après un dernier temps d'arrêt, elle jette le pull dans le feu et referme la porte. Elle se relève et prend maintenant les autres vêtements. Avec une paire de ciseaux, elle découpe le soutien gorge pour en retirer les baleines. Il a été coupé au centre et aux bretelles, mais est demeuré attaché dans le dos. Elle balance tous ces vêtements sanguinolents dans le feu. Elle prend ensuite les bottes. Estelle avait un attrait tout particulier pour les bottes cavalières.

Étrangement, elles ne sont pas coupées. Par contre, elle porte les traces de brûlures sur le pied gauche. Je demande à maman ce que c'est. Maman m'explique alors qu'avec le choc, le châssis de la voiture a été déplacé. Je prends conscience alors que sans ses bottes, ses brûlures auraient sans nul doute été plus étendues. La soirée se termine dans une ambiance morbide où chacun est plongé dans son chagrin. Je me rappelle être allée sur mon lit et avoir eu des pensées nauséabondes: Vais-je pouvoir récupérer sa bague bleue?

Et je pleure, je pleure honteuse d'avoir de telles pensées. Estelle, Marie et mon frère sont devenus les rescapés qui ont vécu un tragique événement. Je faisais partie du paysage familial. J'étais toujours le rayon de soleil. Je riais, je blaguais, je parlais beaucoup et j'étais pétillante.

J'ai compris rapidement qu'il ne fallait pas faire de vague. Mon comportement s'est adapté à ce que je croyais qu'on attendait de moi. Lorsque j'étais interne, mes parents m'appelaient tous les soirs pour me donner des nouvelles. J'attendais impatiemment devant les bureaux administratifs. Tous les soirs après l'appel, je pleurais de joie de tant de bonnes nouvelles.

Lorsque je ne suis pas interne, j'accompagne mes parents à l'hôpital dans le service de réanimation. Ils ont droit à une heure de visite. Je suis dans la salle d'attente, pourtant je ne raterais cela pour rien au monde. Je veux être là avec eux. Lorsqu'ils sortent enfin, je les mitraille de questions.

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Quel James Bond est fait pour toi? As-tu besoin d'un break? Quelle jalouse es-tu en amour? Quelle est ta part d'homosexualité? Es-tu vraiment incollable sur les animaux Disney?

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Malgré cette colère immense, je suis restée là, pantoise, à ruminer. Plus tard, mes parents me ramènent à la maison. Dans la voiture, ils parlent beaucoup. Je ne comprends pas grand chose aux mots qu'ils utilisent. Ils parlent de plaie délabrante au visage, de coma Je ne sais pas ce que c'est tout ça, alors j'écoute.

Je perçois que c'est grave même si je ne mesure pas la hauteur de cette gravité et surtout que cet accident va me plonger dans une solitude vertigineuse. Ils lui demandent de rejoindre la maison familiale pour qu'ils puissent se rendre à l'hôpital au chevet de leurs deux enfants.

A leur arrivée, tout le monde pleure. Papa et maman racontent Moi, j'écoute et je pleure. Puis papa et maman partent. Pendant ce temps-là, nous parlons de l'accident. Nous tentons de mettre du sens sur les événements. L'ami de Christine tente de détendre l'atmosphère par des blagues un peu potache. Je me rappelle qu'ils hébergeaient un homme du Honduras venu se former en France dans l'entreprise de mon beau-frère. Mon beau frère lui a fait sentir à plein poumons de l'ammoniaque.

Bien sur il a suffoqué. Qu'est-ce que nous avons ri. Stupidement, mais qu'est-ce que cela nous a soulagé. Lorsque me parents sont enfin rentrés, leur visage est grave. Les yeux de mamans sont humides et rouges d'avoir pleuré. Nous nous installons autour de la table. Papa nous rassure sur l'état de Marie et de mon frère.

Par contre, ils ont peu d'information sur Estelle. Le lendemain après midi, nous nous rendons tous à l'hôpital. Nous allons dans la chambre de Marie. Christine s'assoit dans le fauteuil sous la fenêtre, son ami marche dans la chambre. Moi je m'assois sur le lit. Papa et maman vont voir Estelle et les médecins. Pendant leur absence, la chambre est silencieuse. Le temps est suspendu à l'attente du verdict.

Lorsque papa et maman regagnent la chambre, leur visage est défait. Les mots sont bruts: Elle a un triple traumatisme crânien, les poumons perforés, des brûlures au troisième degré, son visage est brisé. A nouveau, je n'ai pas tout compris. Je n'ose pas demander qu'on m'explique. Voir mon père fondre en larmes de cette manière est un traumatisme. Je ne veux pas qu'il soit peiné, il l'est assez. Maman tient dans ses mains un sac poubelle bleu transparent.

Je devine que ce sont les effets d'Estelle qui ont été restitué à mes parents. Papa, maman et moi allons ensuite au coffre de l'hôpital. Un agent nous redonne sa montre, son collier et sa bague bleue que je convoitais tant.

Nous rentrons le soir à la maison avec mon frère. Il dit ne se rappeler de rien de ce qui c'est passé pendant l'accident. Marie dit ne pas se souvenir non plus.

Lorsque nous rentrons à la maison, sur la table de la cuisine est posé le contenu de la voiture. À un moment où nous sommes seuls, mon frère s'en prend à moi de manière virulente. Il m'accuse d'avoir mangé les bonbons. Son regard est méchant, haineux. Je ne me souviens pas exactement des paroles, mais je me rappelle de ma peur. Je me suis défendue bien timidement en niant les faits dont j'étais effectivement coupable. Encore aujourd'hui, je suis assez décontenancée par ce souvenir.

Comment pouvait-il se montrer si méchant avec moi en de telles circonstances? C'est vrai que je m'étais goinfrée de ces sucreries, mais méritais-je autant de méchanceté?

Méritais-je pour autant d'être insultée? Je n'arrive toujours pas à en comprendre le sens. Était-ce pour asseoir son pouvoir sur moi? Pour me reprendre en main? J'ai aussi longtemps pensé que ces Treets avaient été l'élément déclenchant de l'accident. Déplaçant son attention sur les sucreries, elle aurait perdu le contrôle de son véhicule qui serait allé percuter la camionnette. J'ai alors pensé que la vue des bonbons pour mon frère avait déclenché un lourd sentiment de culpabilité qu'il avait préféré transférer sur moi plutôt que d'assumer lui-même ce sentiment tant c'était trop lourd à porter.

Ce même soir, alors que j'allais aux toilettes, j'ai entendu des gémissements étouffés derrière la porte qui jouxte les sanitaires. Intriguée j'ouvre délicatement la porte. Maman est là, ses yeux bleus plein de larmes. Nos regards se croisent. Aucun mot n'est prononcé. Je la regarde plonger la main dans le sac poubelle bleu qu'elle a récupéré à l'hôpital. Elle saisit le fameux pull blanc qui m'a permis d'identifier Estelle dans la voiture. En réalité, il n'est plus blanc. Maman marque un temps d'arrêt en tenant le pull avec ses deux mains.

Il est tout déchiqueté. Maman m'explique alors que les pompiers ont du le découper pour pouvoir assurer les gestes d'urgence. Elle pivote, se met à genou et ouvre la porte de la chaudière à bois. Après un dernier temps d'arrêt, elle jette le pull dans le feu et referme la porte.

Elle se relève et prend maintenant les autres vêtements. Avec une paire de ciseaux, elle découpe le soutien gorge pour en retirer les baleines. Il a été coupé au centre et aux bretelles, mais est demeuré attaché dans le dos. Elle balance tous ces vêtements sanguinolents dans le feu. Elle prend ensuite les bottes. Estelle avait un attrait tout particulier pour les bottes cavalières.

Étrangement, elles ne sont pas coupées. Par contre, elle porte les traces de brûlures sur le pied gauche.

Je demande à maman ce que c'est. Maman m'explique alors qu'avec le choc, le châssis de la voiture a été déplacé. Je prends conscience alors que sans ses bottes, ses brûlures auraient sans nul doute été plus étendues. La soirée se termine dans une ambiance morbide où chacun est plongé dans son chagrin.

Je me rappelle être allée sur mon lit et avoir eu des pensées nauséabondes: Vais-je pouvoir récupérer sa bague bleue? Et je pleure, je pleure honteuse d'avoir de telles pensées. Estelle, Marie et mon frère sont devenus les rescapés qui ont vécu un tragique événement. Je faisais partie du paysage familial. J'étais toujours le rayon de soleil. Je riais, je blaguais, je parlais beaucoup et j'étais pétillante. J'ai compris rapidement qu'il ne fallait pas faire de vague. Mon comportement s'est adapté à ce que je croyais qu'on attendait de moi.

Lorsque j'étais interne, mes parents m'appelaient tous les soirs pour me donner des nouvelles. J'attendais impatiemment devant les bureaux administratifs.

Tous les soirs après l'appel, je pleurais de joie de tant de bonnes nouvelles. Lorsque je ne suis pas interne, j'accompagne mes parents à l'hôpital dans le service de réanimation. Ils ont droit à une heure de visite. Je suis dans la salle d'attente, pourtant je ne raterais cela pour rien au monde.

Je veux être là avec eux. Lorsqu'ils sortent enfin, je les mitraille de questions. Que disent les médecins? Je bouge dans tous les sens. J'exprime de la joie de manière totalement désordonnée et incohérente. C'est comme si je m'interdis de montrer ma peine et mon angoisse à mes parents.

Maman a dit qu'il fallait être fort. Alors je le suis. Je suis comme un petit soldat qui lutte pour rester hors de l'eau. Personne ne voit que petit à petit je coule. Au bout d'une semaine, on me propose de la visiter.

Je dis que je suis prête. Je pénètre dans le sas, une infirmière s'approche de moi et me donne des consignes. Elle me donne une tenue verte, des sur-chaussures et une charlotte verte. Et puis, brutalement je renonce. J'enlève ma tenue et je quitte le sas. J'ai honte de ne pas avoir réussi. Elle est réveillée de son coma. Je ne sais pas comment j'avais imaginé ce réveil, mais la réalité me bouscule. Lorsque je pénètre dans le boxe, Estelle est étendue, inerte sur le lit.

L'espace est assez réduit. Juste de quoi faire le tour du lit. Il y a des machines partout. Un tuyau part de son cou. On m'expliquera plus tard que c'est une trachéotomie. Les chirurgiens ont été obligés de percer sa trachée car le visage était tellement en mauvais état qu'il ne pouvait pas supporter le poids des sondes. Estelle a le visage bandé et boursouflé.

On comprend mieux les 7 heures d'opération entièrement focalisée sur le visage. Christine approche du lit du côté droit. Elle saisit la main d'Estelle et lui dit: Elle répète plusieurs fois la phrase.

Je suis du côté gauche. Je fixe le visage d'Estelle. Je le découvre pour la première fois. Me parents en ont tellement parlé que je me croyais prête. J'avais visualisé, je m'étais représentée les images dans ma tête.

Pourtant je n'imaginais pas ça. C'est un choc que je n'étais pas prête à affronter. Elle serre la main de Christine. Christine parle, raconte sa vie, son travail, son ami Moi, je ne dis rien. Je me suis prostrée en moi.

Christine me dit avec douceur et bienveillance: C'est comme si j'étais étrange, comme si elle me découvrait, comme si j'étais transparente. Son regard me fixe mais ne semble pas me voir. J'ai le sentiment qu'il cherche à percer mon âme. Je n'arrive pas à déglutir, j'ai la bouche si sèche. Je ne sais pas quoi regarder, mais je ne veux pas croiser ce regard. Je suis incapable de parler, de bouger.

C'est au dessus de mes forces. Je sens mes mains qui sont moites. Je ne peux pas et j'en ai honte. Je finis par quitter précipitamment le box de réanimation. Ce que j'ai vu est trop difficile.

Ensuite, j'ai refusé toutes les propositions que l'on me fera pour retourner la voir. Longtemps j'aurais des difficultés à lui parler et à me pardonner. Elle va d'abord passer dans un service médical où elle subira des interventions de chirurgie esthétique pour greffer sa peau brûlée, puis pour refaire son visage défiguré et des opérations ophtalmiques pour tenter de récupérer la mobilité de sa paupière sectionnée. Puis, elle sera hospitalisée en centre de rééducation fonctionnelle où elle travaillera à retrouver toute sa mobilité mais aussi ses facultés intellectuelles.

Ensuite, elle séjournera un temps chez mes parents mais ira régulièrement à l'hôpital et au centre de rééducation.

Lorsqu'Estelle revient à la maison, c'est comme le messi qui habite à la maison. Elle est comme un petit bébé qui découvre ou redécouvre la vie. Tous les yeux sont tournés vers elle.

Tout le monde s'intéresse et se préoccupe d'Estelle. Moi, je suis jalouse de l'intérêt que tout le monde lui porte. Je suis totalement transparente. Le téléphone familial sonne inlassablement Je prends l'initiative alors de noter le nom des personnes qui appellent pour que lorsqu'Estelle reprendra conscience, elle puisse lire et comprendre toutes les personnes qui l'aiment et qui demandent de ses nouvelles. Par contre, je refuse de répondre au téléphone moi-même. On peut se demander pourquoi je raconte cet événement tragique de notre vie familiale qui n'est absolument pas lié avec la violence sexuelle que j'ai subie.

Connaître cet événement va nous aider à comprendre le contexte familial et comment il a impacté mon silence et mon "emprisonnement". A cette époque, les souvenirs affluent dans ma tête.

La colère grandit d'autant plus que mon frère est ignoble avec moi. J'échafaude des stratégies de vengeance dans ma tête. J'ai souvent l'envie de détruire mon frère en révélant à sa petite amie ce qu'il m'a fait. J'imagine alors qu'elle rompra sa relation amoureuse le laissant seul. De temps à autres, je les vois ou je les entends pleurer.

J'entends également mon père se montrer particulièrement abject avec maman. Il lui reproche de vouloir le détruire alors qu'elle souffre. Elle est, je pense à l'époque, au bord de la dépression nerveuse. Mon père est totalement impuissant face à la douleur et à l'angoisse de savoir sa fille si mal, mais aussi impuissant face à la détresse de ma mère.

A cette époque, j'ai commencé à vivre ma vie d'adolescente et surtout à traverser une crise qui s'est éteinte assez vite. J'ai changé d'ami à l'école. J'ai commencé à fumer en cachette derrière les bâtiments, avec le sentiment de vivre enfin intensément et dans l'urgence.

Je me souviens bien des parties de rigolade lorsque nous courrions pour nous cacher après avoir fumé. Sauf qu'un jour, j'ai été prise en flagrant délit par une enseignante.

J'ai été convoquée dans le bureau de la directrice. C'était une petite femme rondouillette. Elle avait les cheveux coupés au carré. Son nez pointu et aquilin était légèrement dévié. Nous la connaissions peu mais quand elle était là, nous ne mouftions pas. Sa voix était très particulière, à la fois nasillarde et cassée.

Au fond de moi, j'ai peur car elle m'impressionne et j'ai surtout peur des représailles à la maison. Mais, je veux être brave. Je la regarde fixement et crânement dans les yeux et je décide qu'elle ne me fera pas pleurer Tu fais ça pour les faire réagir, pour qu'ils te regardent enfin?

J'ai oublié la fin de la conversation, mais la semaine qui a suivi, elle s'est rendue à la maison. Nous avons discuté au coin du feu. En fait, nous avons un peu discuté de moi mais beaucoup d'Estelle.

Mes parents ont je pense pris conscience qu'ils m'avaient un peu oubliée dans la bataille. Ils se sont engagés à veiller davantage sur moi. Mon père en a profité pour critiquer ma mère devant la directrice. Il a reproché à ma mère d'être toujours sur mon dos, de me critiquer sans cesse. Lui est passé pour le beau chevalier blanc.

Dans ces propos, il a réussi à susciter en moi la rage et la colère car dans sa manière d'agir vis-à-vis de ma mère, je voyais mon frère face à moi.

Comment aurai pu-je raconter ce qui m'était arrivé à cette époque-là? Pouvais-je ajouter de la souffrance à mes parents? Pouvais-je amplifier le sentiment de culpabilité de ma mère? Pouvais-je salir l'image de mon frère, le survivant, le miraculé? La famille était totalement en morceau à cette époque.

Un de ses éléments forts était touché. Pouvais-je prendre la responsabilité de la briser encore plus? J'ai continué à me taire. C'est à cette époque que j'ai commencé à fuir émotionnellement mes souvenirs qui ont commencé à affluer dans ma mémoire.

Le soir, quand le sommeil tardait à venir, des flashs venaient me faire frémir. J'avais l'impression d'y être encore. Les sensations étaient là. La peur, les frissons, les poils qui se hérissent, la sueur qui tapisse ma peau, sans oublier les larmes de solitude. A l'école, j'avais une copine qui était épaulée par sa famille parce qu'elle avait été agressée sexuellement par son petit copain.

Tout le monde était à ses côtés, y compris les professeurs. Les garçons de la classe la protégeaient. Moi, j'ai suivi le mouvement. Au fond de moi, le sentiment d'injustice était d'une violence inouïe. J'étais également tellement jalouse: Elle, elle pouvait faire reconnaître son statut de victime et faire condamner son bourreau. Moi, je ne pouvais pas parler. Mon bourreau, c'était mon frère, le survivant. Comme mon tabagisme a été pris en flagrant délit, j'ai arrêté.

Il m'a fallu trouver une autre manière de fuir mes souvenirs, mes émotions et mes sensations. J'ai trouvé deux techniques qui ont encore court: Ma première fuite ou échappatoire a été la lecture. J'étais capable de m'enfiler 4 livres de pages durant un weekend. Au début de mon adolescence, lorsque j'étais en 4ème, avec l'école nous allions à la bibliothèque municipale.

Un jour, j'ai suivi le conseil d'une copine. J'ai emprunté un livre de la collection Harlequin. Ce fut comme une révélation. J'ai lu le livre d'une traite. Ensuite pendant quelques heures, je n'ai pensé qu'à l'histoire. J'étais devenue la pauvre héroïne qui finalement après moultes péripéties découvrait l'amour. La quantité de livres que je pouvais emprunter est devenue vite insuffisante pour me satisfaire et étancher ma soif.

Je me suis donc inscrite dans la petite bibliothèque de ma commune. Elle était toute petite, guère plus grande que ma chambre. Pourtant l'odeur qui s'en dégageait était un mélange de vieux bois, de cire et de poussière émanant de la tomette peinte. Elle n'était ouverte que le dimanche matin après la messe. Elle était associative et principalement fréquentée par les personnes âgées du village.

De temps à autre, le fond était renouvelé avec des livres de la bibliothèque départementale. J'ai donc rapidement pris le rythme d'emprunter des livres chaque dimanche.

Cette petite promenade dominicale m'a permis de supporter la messe dominicale jusqu'à ans. Je prenais 5 livres, soit le maximum empruntable. Au début, j'ai lu tous les Harlequins et Nous Deux disponibles. J'en ai hélas très vite fait le tour. Alors je suis allée regarder dans d'autres éditions, et surtout j'ai commencé à attaquer de gros volumes et même des sagas romantiques. Dès que je plongeais dans une histoire, je n'arrêtais que lorsque le livre était terminé.

Je commençais mon livre après le déjeuner du dimanche. Dès le repas terminé et la vaisselle faite, je me réfugiais dans ma chambre et je sautais dans l'histoire. Je n'arrêtais que si mes parents m'appelaient. Plus rien ne comptait. Après diner, j'allais me coucher assez vite et je pouvais lire toute la nuit. Et le lendemain, je recommençais.

A cette époque là, les histoires que je lisais étaient invariablement des histoires d'amour. J'avais un faible tout particulier pour les histoires où l'héroïne avait été abimée par la vie et le héro était un prince charmant qui venait l'arracher à son triste sort.

Lorsque je fermais les livres, l'histoire habitait ma pensée pendant de longues heures. Ma mère avait l'habitude de me donner des tâches à faire, telle que ramasser les haricots verts du jardin, ou encore tondre la grande pelouse, ou encore nettoyer les placards Etrangement, j'adorais faire ces tâches matérielles, car elles étaient pour moi l'occasion de rester dans ma torpeur anesthésiée.

Je modifiais l'histoire du livre de manière à me transformer en l'héroïne. Là, mon cerveau n'avait plus de limites. Je visualisais totalement ce que j'imaginais. Comme je le disais précédemment, j'ai eu une période où j'étais fan du chanteur Georges Mickaël.

Ces moments de durs labeurs physiques ont été l'occasion de devenir sa muse, son amoureuse. Je m'imaginais avoir été repérée lors d'un concert puis avoir été invitée dans sa loge et dès lors, une histoire d'amour abracadabrantesque naissait. Si toutefois, je devais interrompre mes histoires, je me débrouillais pour les reprendre là où je les avais laissées.

Maman s'inquiétait énormément du temps que je passais à lire. Elle se préoccupait de ma capacité à me renfermer dans moi-même. Elle me disait qu'il fallait que j'arrête de rêver ma vie mais que je la vive vraiment et pleinement en rencontrant d'autres jeunes de mon âge. Elle me disait aussi qu'elle aussi passait beaucoup de temps à rêver dans sa jeunesse et qu'elle était passée à côté de beaucoup de bonheur. A cette époque, je n'étais pas en capacité de comprendre ce qu'elle me disait.

Je ne pensais qu'à mon plaisir de lire. Il me fallait ma dose de lecture pour pouvoir affronter ma vie. Cependant, je pense maintenant que sur le fond elle avait raison. Elle n'imaginait pas comment rêver était pour moi plus facile et moins douloureux que de vivre. Rêver m'empêchait de penser parce que penser était insoutenable. C'était le seul moyen que j'avais trouvé à l'époque pour contenir mon cerveau et empêcher les afflux de souvenirs fugaces, violents et insoutenables de ma mémoire traumatique.

Sans cette lecture vorace, j'aurai certainement sombré. Je pense que si j'avais vécu mon adolescence aujourd'hui il aurait été probable que je m'adonne à des conduites additives à des produits psychotropes.

En parallèle, au fur et à mesure que mon corps changeait, j'ai pris du poids. J'ai toujours eu un bon coup de fourchette. En fait, je n'ai jamais su trouver le point de satiété. Il est difficile pour moi d'être à l'écoute de mon estomac. Quand je mange, j'ai besoin de me remplir, comme pour combler un vide.

Le problème c'est que le trou est béant. Il faut donc en mettre beaucoup. J'ai rapidement compris et ce depuis mon enfance que ma conduite avec la nourriture était problématique.

Je profitais de l'absence de mes proches pour ouvrir le placard et le réfrigérateur pour me gaver. Tout pouvait y passer: On sent qu'elle est en forme! Aujourd'hui encore, la nourriture est un problème.

Dès que je suis seule, le sens un besoin irrépressible de manger. Je ne pense qu'à manger. Tant que je n'ai pas comblé cette envie, je ne m'apaise pas, je ne pense qu'à ça Je finis par céder à mon corps: J'ai essayé à plusieurs reprises de faire des régimes, mais à chaque fois, c'est pire.

Plus la frustration est grande plus la chute est lourde et plus je deviens à mon tour lourde. Je me souviens également qu'à différents moments, j'ai tenté de faire des appels que personne n'a vraiment compris. Par exemple, vers 13 ans, j'ai préparé ma confirmation avec d'autres adolescents de ma commune de ma classe d'âge. Mes parents avec d'autres parents animaient ces réunions où nous étions censés réfléchir au sens que nous donnions à la vie.

Les réunions avaient lieu dans le presbytère paroissial austère et froid. Les murs étaient recouverts de tentures où gisaient des curés à la mine patibulaire issus d'un passé lointain. Ils me fichaient la frousse et rendaient les réunions si solennelles. Un jour, ils nous avaient demandé de réfléchir à quelque chose qui était beau et également à quelque chose qui était, au contraire, à nos yeux, laids. Mes copains avaient quasiment tous dit que ce qui était beau c'était les gens qui aidaient les pauvres lorsqu'ils n'avaient pas de quoi subvenir à leurs besoins et ce qui étaient laid c'était la famine en Afrique.

Moi, je me suis retrouvée totalement en décalage avec eux. Je me rappelle avoir dit qu'à mes yeux, la seule raison qui autorisait l'avortement c'était lorsqu'une jeune fille était violentée sexuellement. Jamais nous n'avions discuté de violences sexuelles à la maison. Mes parents ne se sont pas étonnés que je puisse évoquer un tel thème. Ils ne m'ont posée aucune question. Lorsque j'étais en Seconde, notre professeur de français qui était également notre professeur titulaire nous avait demandés de constituer un dossier où nous devions collecter des paroles de chanson, des photos, des extraits de livres qui nous avaient touchés.

Nous n'avions aucune contrainte de thème. Nous étions totalement libres de notre choix. J'avais pris une photo en noir et blanc d'une petite fille triste avec des larmes perlées à ses paupières. Son regard était si grave qu'il m'avait terriblement émue. J'avais l'impression qu'elle était moi. Dans le travail d'écriture j'avais associé le texte et l'image de la petite fille. J'avais évoqué mon dégout vis à vis de tous les prédateurs sexuels qui abusaient des petites filles.

A ce travail, j'avais eu une excellente note. Il avait dit que j'étais d'une grande maturité. Mon père, avait alors souri et dit que j'étais comme lui car j'avais une vie intérieure riche. Il avait entendu les compliments formulés par la professeure mais n'a aucunement été alerté par le thème de mon travail. Au retour, j'ai proposé à mes parents de lire mon écrit, ce qu'ils ont fait.

Ils m'ont l'un et l'autre félicitée de ce travail. Je me rappelle que mes émotions étaient très partagées entre la joie pour les compliments et le dépit car ils n'ont pas entendu ce que je tentais désespérément de leur livrer. Durant mon adolescence, j'ai tenté de révéler ma détresse à quelques copines en qui je projetais des liens d'amitié profonds.

A chaque fois, elles m'ont écoutée Mais j'ai toujours été tellement déçue de leur réaction. J'aurai tant aimé que quelqu'un me dise "mais c'est horrible ce que tu as vécu, tu as dû avoir si peur". A chaque fois, j'avais le sentiment que ce que j'avais vécu était peu de chose et que leur vécu à elles, leurs problèmes avec leur petit ami, leurs parents étaient beaucoup plus significatif que les miens.

Peu à peu, je me suis installée dans un repli. J'ai pris l'habitude de toujours dire que j'allais bien. Les personnes à qui je pouvais parler n'était pas en capacité d'entendre que je n'allais pas bien. La seule chose qu'il voulait c'était me parler à moi de leurs problèmes.

De toutes façons, que pouvais-je faire d'autre? J'imagine très bien le dialogue:. Qu'aurait pu me raconter mon interlocuteur en réponse à ça? Il aurait été tétanisé, mal à l'aise et m'aurait fuie. J'ai compris assez vite pendant mon adolescence que quand les adultes demandaient à quelqu'un comment il allait, il n'avait en fait pas envie de vraiment comprendre son état psychologique.

Ce n'est en fait qu'une formule de politesse, ou une entrée en matière dans la relation. Un peu comme une nouvelle civilité: Alors, en conséquence j'ai appris à répondre à cette question-civilité: J'ai fini, l'âge aidant, par développer la compétence de faire parler les autres sans rien livrer de moi-même, sans comprendre que je me faisais du mal parce que j'enfermais mes émotions au fond de mon être et que je recouvrais tout cela d'une carapace bien épaisse.

C'est à peut prêt à cet époque que mon corps a commencé à se plaindre. J'ai commencé à avoir mal entre les omoplates au niveau des vertèbres dorsales. Ma mère m'a dit qu'il fallait que je me tienne droite Alors j'ai tenté de me tenir droite mais cela n'a rien changé.

J'ai consulté le médecin généraliste qui m'a fait faire des séances de kiné pour muscler mon dos. Après les séances j'avais encore mal. Alors je suis allée faire des radios. Il n'y avait rien. Alors, j'ai repris les séances de kiné. A l'issue j'avais toujours mal Alors j'ai appris à vivre avec ces douleurs. Mon corps est un traître. Il ne m'aime pas et je ne l'aime pas. Oui, je suis grosse. Quelle écolo girl es-tu?

De l'info, du fun et des vidéos irrésistibles Le meilleur de l'actu est sur Facebook. Es-tu une vraie enfant des années 90? Es-tu faite pour vivre à Londres?

Quel mec de série est fait pour toi? Quelle star est folle de toi en secret? Quel James Bond est fait pour toi? As-tu besoin d'un break? Quelle jalouse es-tu en amour? Quelle est ta part d'homosexualité? Es-tu vraiment incollable sur les animaux Disney?

Quel personnage de Peter Pan es-tu? Quelle amoureuse mythique es-tu? Quelle héroïne de Orange is The New Black es-tu?

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Je pense que c'était pour masquer les bruits du lit à ressorts. Aujourd'hui, je ne supporte plus cette musique, moi qui l'aimait tant, avant. J'ai le corps qui réagit dès que je l'entends. Elle est un facteur déclenchant mes souvenirs. De ce soir-là, je vois à la scène tantôt du dessus comme si c'était une autre, tantôt à ma place.

Nous sommes encore nus tous les deux. Il est entre mes jambes écartées. Il me demande de toucher son sexe. Je ne veux pas, cela me dégoute. Je sens son haleine sur mon visage. Il me touche partout. Il touche mon sexe. Je finis par toucher le sien. Je sens sa dureté dans ma main, et sa moiteur à l'entrée du mien.

Il n'ira pas plus loin. Ce souvenir-là viendra me perturber jusque dans ma relation avec mon mari, lorsque nous avons commencé notre histoire. Quand nous avons commencé à nous caresser, j'ai refusé de lui toucher le sexe parce que j'avais peur de retrouver les sensations désagréables que j'ai connues avec mon frère. Heureusement, mon ami a été tendre, gentil et compréhensif.

Il m'a accompagnée avec sa propre main. Pas de quoi en faire un plat! En fait, il y en a trop mais aussi pas assez.

J'ai la certitude qu'il y a eu plus d'évènements de ce genre, mais ma mémoire a tout effacé et c'est horrible. Les spécialistes parlent d'amnésie post-traumatique. Habituellement, on entend parler de ce phénomène lorsqu'une personne a vécu une agression d'une violence inouïe ou la guerre. J'ai parfois le sentiment d'être une sorte d'usurpatrice ou de mythomane.

Je n'ai jamais eu mal. Pas de quoi fouetter un chat! La première fois qu'un psychologue a évoqué cela devant moi, j'ai eu beaucoup de difficultés à comprendre pourquoi j'étais touchée par ce phénomène. Je me rappelle que le professionnel me posait des questions assez précises sur tous les faits. Pour moi c'était très déroutant. Comment pouvais-je ne pas me rappeler de tout cela? L'absence de souvenir contribue à augmenter le trouble en moi.

Les sensations sont étranges et difficilement explicables. J'ai le sentiment à la fois d'avoir tout vécu mais aussi que c'est arrivé à quelqu'un d'autre comme si j'avais été la spectatrice de mes sensations et de mes émotions.

J'ai la certitude qu'ils se sont répétés toutes les semaines pendant environ 2 à 3 ans. Mon frère me le confirmera plus tard d'ailleurs. Ce sont ces quelques réminiscences du passé qui ont semé le trouble à mon adolescence. Etait-ce réellement arrivé ou était-ce le fruit de mon imagination délirante? J'ai tellement enfoui ces pensées que lorsqu'elles surgissaient, elles semaient le doute dans ma tête.

Avais-je été une victime ou étais-je en train de sombrer dans la folie pure et simple? Longtemps j'ai cru que les événements avaient eu lieu entre 7 et 8 ans. J'ai interrogé ma mère récemment sur la date d'emménagement dans les nouvelles chambres. Elle m'a dit que c'était en Cela a sonné comme une claque pour moi mais en même temps cela a éclairci quelques incohérences entre les images de mes souvenirs et ce que mon intellect me soufflait. Dans mes souvenirs visuels, mon frère était plus grand que s'il n'avait que 13 ans.

Un autre événement a semé le trouble, c'est le changement de lit de mon frère. Pourquoi a-t-il changé de lit en baissant de qualité? Avec maman, nous sommes remontées dans le passé de la vie familiale. Nous lui avons prêté un lit de meilleure qualité. Mon frère a donc hérité d'un vieux lit à ressort venant du grenier. Maman dit que ces faits ont eu lieu en Je prends une claque.

En , j'avais 12 ans et mon frère Je prends conscience que les violences que j'ai subies ont duré beaucoup plus longtemps que ce que je pensais initialement. Cela change beaucoup de choses dans le regard que je porte sur les événements et sur la pseudo naïveté de mon frère.

A l'instant où j'ai pris conscience de cela, une vague de colère est remontée de mon vendre jusque dans mes joues. Je me suis sentie rougir. Mes dents se sont serrées de rage. Il n'est jamais venu dans mon lit. C'est toujours moi qui suis allée dans le sien. Ce détail est important dans le regard que je pose sur moi et dans mon questionnement interne, dans ma réparation. Longtemps, j'ai estimé que si j'y allais c'est que j'y trouvais mon compte.

Il y a même une psychologue que j'ai consultée qui m'a amenée à imaginer que j'y prenais du plaisir. Elle pensait que tant que je n'avais pas admis cela, je ne pourrais pas guérir. Je ne suis pas guérie. Aujourd'hui, je me dis que cette idée est absurde. J'avais tout simplement peur. Mon frère me terrorisait Mais d'un autre côté, dans l'histoire de mon enfance, on peut penser que je récoltais une certaine satisfaction dans la mesure où pour une fois quelqu'un m'accordait une certaine place, quelqu'un faisait attention à moi.

Mal, c'est certain, mais l'intérêt était réel même si je n'étais qu'un défouloir à la sexualité naissante et débridée d'un ado a qui on n'a pas appris l'interdit fondamental qu'est l'inceste. Pourquoi n'ai-je rien dit? En fait je n'en sais rien!

Je ne me rappelle pas avoir subi de chantage de sa part. En fait, je pense maintenant que le chantage n'était pas verbalisé mais il était totalement implicite. Je crois que cela ne m'est pas venu à l'esprit.

C'était comme ça et puis voilà. Il m'a fallu des années pour comprendre ce qu'il m'était arrivé. Je crois également qu'un concours de circonstances m'a empêchée de passer de l'ombre à la lumière.

Je crois que longtemps je n'ai pas compris le problème. Maman étant dominée, je pense après coup que ma relation avec mon frère s'est inscrite dans ce schéma. En fait, je ne sais plus non plus réellement si tous ces faits sont remontés à la surface après avoir sombré dans l'oubli ou au contraire s'ils sont demeurés à fleur de peau.

C'est l'histoire de Carla, une adolescente de 17 ans qui veut tuer son père abuseur. Christine m'avait interdit de le lire avant mes 15 ans car elle pensait que j'étais trop jeune. Sans rire, quelle idée d'offrir un livre à une ado et lui interdire de le lire!

Comme tout ado, j'ai bravé l'interdit et je l'ai lu à 13 ans. Même si mon histoire est différente de celle de l'héroïne, j'ai eu le sentiment de ne plus être seule, que d'autres pouvaient avoir vécu la même chose et que c'était grave. Je comprenais mieux ce qui m'était arrivée. Après cette lecture, j'ai traversé une période de doutes où mes souvenirs fugaces ont taquiné ma conscience. Ils étaient tellement fragiles qu'ils me faisaient douter de leur véracité.

Était-ce de vrais souvenirs ou des souvenirs que je m'étais inventés pour m'inventer une vie plus trépidante, où j'étais une triste héroïne. Lorsque je suis entrée au collège, j'ai perdu pied. De ma petite école à taille humaine, le collège m'est apparu ténébreux et froid. Les professeurs me faisaient peur. Leur autorité, leurs savoirs m'angoissaient. Je me suis peu à peu repliée sur moi-même en salle de classe et mes notes ont chuté.

Les professeurs ne me voyaient pas. Je ne faisais pas de vague, pas de bruit. J'ai néanmoins pris du plaisir aux cours de sciences naturelles. La professeure était chaleureuse et son regard était bienveillant. Avec elle, j'étais présente, participative, engagée en classe. A la maison, je donne le change.

Je suis en apparence une jeune adolescente très souriante, vive et spontanée. Elle était ma confidente. Enfin, quand je dis confidente, je lui faisais des petites confidences, de celles dont je n'avais pas honte. En fait, je lui parle de ma vie du collège, je lui parle du garçon dont je suis amoureuse en secret. Cependant, je ne lui parle pas du drame qui se joue en moi. Au final, je quitte le collège pour aller dans une école où nous pouvons faire des stages.

Je pars à la semaine car je suis interne. Là-bas, je me lie d'amitié avec d'autres filles. Certaines ont vécu des drames similaires que je juge à l'époque beaucoup plus difficiles que le mien. Cette comparaison m'empêche de me confier. Elles, elles ont été violées. Moi, ce n'était que des caresses. Les caresses cela ne fait pas mal Scolairement parlant, cette école me révèle à moi-même. Je prends de l'assurance. Je suis la plus jeune. Je deviens rapidement le leader de classe. J'aide les autres et cela me permet de mémoriser mes cours plus vite.

Mes notes sont excellentes et je prends du plaisir à apprendre. Mes enseignants ne sont que des femmes. Ce jour est gravé de manière indélébile. Je suis dans le grenier familial en train d'étendre le linge lorsque le téléphone retentit. Puis j'entends ma mère qui crie. Je dévale les escaliers. Nous montons dans notre voiture et nous partons. Lorsque nous arrivons sur les lieux de l'accident, un pompier fait la circulation et demande à mon père de partir. Je lis dans le regard du pompier une telle douleur et telle compassion que je sens immédiatement que c'est grave.

Nous descendons de la voiture. Je me rappelle c'était une Renault 16 blanche. Plus loin devant, une bétaillère est à l'arrêt, emboutie elle aussi. Avec maman, nous contournons l'auto par la gauche. Un pompier me bloque de son corps et me dit: Je m'installe devant la voiture, du tas de taule.

Elle n'a plus de pare brise. La carcasse est défaite. J'avais reconnu le pull d'Estelle, le pull blanc qu'elle s'était tricotée elle-même et que j'aimais tant.

Je suis partie en courant. J'ai bousculé le pompier de tout à l'heure et je me suis dirigée vers la voiture. J'ai ouvert la portière et je me suis allongée sur le siège arrière et enfin je me suis mise à pleurer. Je suis restée là seule pendant de longues minutes. Je me suis peu à peu redressée et je me suis installée pour observer la scène. J'ai vu mes parents ravagés par l'horreur, par la peur et la tristesse.

Et surtout, j'ai vu mon frère Il était là dans la scène, totalement hagard, à errer. Des personnes venaient lui parler. Soudain son visage s'est tourné vers la voiture et il m'a regardée.

Dans ses yeux, j'ai vu qu'il ne me reconnaissait pas. Il semblait ne pas comprendre pourquoi j'étais là. J'aurais voulu sortir de l'automobile pour courir le voir et le secouer de toutes mes forces pour le forcer à me regarder dans les yeux. Malgré cette colère immense, je suis restée là, pantoise, à ruminer. Plus tard, mes parents me ramènent à la maison. Dans la voiture, ils parlent beaucoup. Je ne comprends pas grand chose aux mots qu'ils utilisent. Ils parlent de plaie délabrante au visage, de coma Je ne sais pas ce que c'est tout ça, alors j'écoute.

Je perçois que c'est grave même si je ne mesure pas la hauteur de cette gravité et surtout que cet accident va me plonger dans une solitude vertigineuse. Ils lui demandent de rejoindre la maison familiale pour qu'ils puissent se rendre à l'hôpital au chevet de leurs deux enfants. A leur arrivée, tout le monde pleure. Papa et maman racontent Moi, j'écoute et je pleure. Puis papa et maman partent. Pendant ce temps-là, nous parlons de l'accident.

Nous tentons de mettre du sens sur les événements. L'ami de Christine tente de détendre l'atmosphère par des blagues un peu potache. Je me rappelle qu'ils hébergeaient un homme du Honduras venu se former en France dans l'entreprise de mon beau-frère. Mon beau frère lui a fait sentir à plein poumons de l'ammoniaque. Bien sur il a suffoqué. Qu'est-ce que nous avons ri. Stupidement, mais qu'est-ce que cela nous a soulagé.

Lorsque me parents sont enfin rentrés, leur visage est grave. Les yeux de mamans sont humides et rouges d'avoir pleuré.

Nous nous installons autour de la table. Papa nous rassure sur l'état de Marie et de mon frère. Par contre, ils ont peu d'information sur Estelle. Le lendemain après midi, nous nous rendons tous à l'hôpital.

Nous allons dans la chambre de Marie. Christine s'assoit dans le fauteuil sous la fenêtre, son ami marche dans la chambre. Moi je m'assois sur le lit. Papa et maman vont voir Estelle et les médecins. Pendant leur absence, la chambre est silencieuse. Le temps est suspendu à l'attente du verdict.

Lorsque papa et maman regagnent la chambre, leur visage est défait. Les mots sont bruts: Elle a un triple traumatisme crânien, les poumons perforés, des brûlures au troisième degré, son visage est brisé. A nouveau, je n'ai pas tout compris.

Je n'ose pas demander qu'on m'explique. Voir mon père fondre en larmes de cette manière est un traumatisme. Je ne veux pas qu'il soit peiné, il l'est assez. Maman tient dans ses mains un sac poubelle bleu transparent. Je devine que ce sont les effets d'Estelle qui ont été restitué à mes parents. Papa, maman et moi allons ensuite au coffre de l'hôpital. Un agent nous redonne sa montre, son collier et sa bague bleue que je convoitais tant.

Nous rentrons le soir à la maison avec mon frère. Il dit ne se rappeler de rien de ce qui c'est passé pendant l'accident. Marie dit ne pas se souvenir non plus. Lorsque nous rentrons à la maison, sur la table de la cuisine est posé le contenu de la voiture. À un moment où nous sommes seuls, mon frère s'en prend à moi de manière virulente. Il m'accuse d'avoir mangé les bonbons. Son regard est méchant, haineux.

Je ne me souviens pas exactement des paroles, mais je me rappelle de ma peur. Je me suis défendue bien timidement en niant les faits dont j'étais effectivement coupable.

Encore aujourd'hui, je suis assez décontenancée par ce souvenir. Comment pouvait-il se montrer si méchant avec moi en de telles circonstances? C'est vrai que je m'étais goinfrée de ces sucreries, mais méritais-je autant de méchanceté? Méritais-je pour autant d'être insultée? Je n'arrive toujours pas à en comprendre le sens. Était-ce pour asseoir son pouvoir sur moi?

Pour me reprendre en main? J'ai aussi longtemps pensé que ces Treets avaient été l'élément déclenchant de l'accident. Déplaçant son attention sur les sucreries, elle aurait perdu le contrôle de son véhicule qui serait allé percuter la camionnette. J'ai alors pensé que la vue des bonbons pour mon frère avait déclenché un lourd sentiment de culpabilité qu'il avait préféré transférer sur moi plutôt que d'assumer lui-même ce sentiment tant c'était trop lourd à porter.

Ce même soir, alors que j'allais aux toilettes, j'ai entendu des gémissements étouffés derrière la porte qui jouxte les sanitaires. Intriguée j'ouvre délicatement la porte. Maman est là, ses yeux bleus plein de larmes. Nos regards se croisent. Aucun mot n'est prononcé. Je la regarde plonger la main dans le sac poubelle bleu qu'elle a récupéré à l'hôpital.

Elle saisit le fameux pull blanc qui m'a permis d'identifier Estelle dans la voiture. En réalité, il n'est plus blanc. Maman marque un temps d'arrêt en tenant le pull avec ses deux mains.

Il est tout déchiqueté. Maman m'explique alors que les pompiers ont du le découper pour pouvoir assurer les gestes d'urgence. Elle pivote, se met à genou et ouvre la porte de la chaudière à bois. Après un dernier temps d'arrêt, elle jette le pull dans le feu et referme la porte. Elle se relève et prend maintenant les autres vêtements. Avec une paire de ciseaux, elle découpe le soutien gorge pour en retirer les baleines. Il a été coupé au centre et aux bretelles, mais est demeuré attaché dans le dos.

Elle balance tous ces vêtements sanguinolents dans le feu. Elle prend ensuite les bottes. Estelle avait un attrait tout particulier pour les bottes cavalières. Étrangement, elles ne sont pas coupées. Par contre, elle porte les traces de brûlures sur le pied gauche.

Je demande à maman ce que c'est. Maman m'explique alors qu'avec le choc, le châssis de la voiture a été déplacé. Je prends conscience alors que sans ses bottes, ses brûlures auraient sans nul doute été plus étendues. La soirée se termine dans une ambiance morbide où chacun est plongé dans son chagrin.

Je me rappelle être allée sur mon lit et avoir eu des pensées nauséabondes: Vais-je pouvoir récupérer sa bague bleue? Et je pleure, je pleure honteuse d'avoir de telles pensées. Estelle, Marie et mon frère sont devenus les rescapés qui ont vécu un tragique événement. Je faisais partie du paysage familial.

J'étais toujours le rayon de soleil. Je riais, je blaguais, je parlais beaucoup et j'étais pétillante. J'ai compris rapidement qu'il ne fallait pas faire de vague.

Mon comportement s'est adapté à ce que je croyais qu'on attendait de moi. Lorsque j'étais interne, mes parents m'appelaient tous les soirs pour me donner des nouvelles.

J'attendais impatiemment devant les bureaux administratifs. Tous les soirs après l'appel, je pleurais de joie de tant de bonnes nouvelles. Lorsque je ne suis pas interne, j'accompagne mes parents à l'hôpital dans le service de réanimation. Ils ont droit à une heure de visite.

Je suis dans la salle d'attente, pourtant je ne raterais cela pour rien au monde. Je veux être là avec eux. Lorsqu'ils sortent enfin, je les mitraille de questions. Que disent les médecins? Je bouge dans tous les sens. J'exprime de la joie de manière totalement désordonnée et incohérente. C'est comme si je m'interdis de montrer ma peine et mon angoisse à mes parents.

Maman a dit qu'il fallait être fort. Alors je le suis. Je suis comme un petit soldat qui lutte pour rester hors de l'eau.

Personne ne voit que petit à petit je coule. Au bout d'une semaine, on me propose de la visiter. Je dis que je suis prête. Je pénètre dans le sas, une infirmière s'approche de moi et me donne des consignes. Elle me donne une tenue verte, des sur-chaussures et une charlotte verte.

Et puis, brutalement je renonce. J'enlève ma tenue et je quitte le sas. J'ai honte de ne pas avoir réussi. Elle est réveillée de son coma. Je ne sais pas comment j'avais imaginé ce réveil, mais la réalité me bouscule. Lorsque je pénètre dans le boxe, Estelle est étendue, inerte sur le lit.

L'espace est assez réduit. Juste de quoi faire le tour du lit. Il y a des machines partout. Un tuyau part de son cou. On m'expliquera plus tard que c'est une trachéotomie. Les chirurgiens ont été obligés de percer sa trachée car le visage était tellement en mauvais état qu'il ne pouvait pas supporter le poids des sondes. Estelle a le visage bandé et boursouflé. On comprend mieux les 7 heures d'opération entièrement focalisée sur le visage.

Christine approche du lit du côté droit. Elle saisit la main d'Estelle et lui dit: Elle répète plusieurs fois la phrase. Je suis du côté gauche. Je fixe le visage d'Estelle. Je le découvre pour la première fois. Me parents en ont tellement parlé que je me croyais prête. J'avais visualisé, je m'étais représentée les images dans ma tête. Pourtant je n'imaginais pas ça. C'est un choc que je n'étais pas prête à affronter. Elle serre la main de Christine. Christine parle, raconte sa vie, son travail, son ami Moi, je ne dis rien.

Je me suis prostrée en moi. Christine me dit avec douceur et bienveillance: C'est comme si j'étais étrange, comme si elle me découvrait, comme si j'étais transparente. Son regard me fixe mais ne semble pas me voir. J'ai le sentiment qu'il cherche à percer mon âme. Je n'arrive pas à déglutir, j'ai la bouche si sèche. Je ne sais pas quoi regarder, mais je ne veux pas croiser ce regard. Je suis incapable de parler, de bouger.

C'est au dessus de mes forces. Je sens mes mains qui sont moites. Je ne peux pas et j'en ai honte. Je finis par quitter précipitamment le box de réanimation. Ce que j'ai vu est trop difficile. Ensuite, j'ai refusé toutes les propositions que l'on me fera pour retourner la voir. Longtemps j'aurais des difficultés à lui parler et à me pardonner.

Elle va d'abord passer dans un service médical où elle subira des interventions de chirurgie esthétique pour greffer sa peau brûlée, puis pour refaire son visage défiguré et des opérations ophtalmiques pour tenter de récupérer la mobilité de sa paupière sectionnée. Puis, elle sera hospitalisée en centre de rééducation fonctionnelle où elle travaillera à retrouver toute sa mobilité mais aussi ses facultés intellectuelles.

Ensuite, elle séjournera un temps chez mes parents mais ira régulièrement à l'hôpital et au centre de rééducation. Lorsqu'Estelle revient à la maison, c'est comme le messi qui habite à la maison. Elle est comme un petit bébé qui découvre ou redécouvre la vie. Tous les yeux sont tournés vers elle. Tout le monde s'intéresse et se préoccupe d'Estelle. Moi, je suis jalouse de l'intérêt que tout le monde lui porte.

Je suis totalement transparente. Le téléphone familial sonne inlassablement Je prends l'initiative alors de noter le nom des personnes qui appellent pour que lorsqu'Estelle reprendra conscience, elle puisse lire et comprendre toutes les personnes qui l'aiment et qui demandent de ses nouvelles. Par contre, je refuse de répondre au téléphone moi-même.

On peut se demander pourquoi je raconte cet événement tragique de notre vie familiale qui n'est absolument pas lié avec la violence sexuelle que j'ai subie.

Connaître cet événement va nous aider à comprendre le contexte familial et comment il a impacté mon silence et mon "emprisonnement".

A cette époque, les souvenirs affluent dans ma tête. La colère grandit d'autant plus que mon frère est ignoble avec moi. J'échafaude des stratégies de vengeance dans ma tête. J'ai souvent l'envie de détruire mon frère en révélant à sa petite amie ce qu'il m'a fait. J'imagine alors qu'elle rompra sa relation amoureuse le laissant seul. De temps à autres, je les vois ou je les entends pleurer.

J'entends également mon père se montrer particulièrement abject avec maman. Il lui reproche de vouloir le détruire alors qu'elle souffre. Elle est, je pense à l'époque, au bord de la dépression nerveuse.

Mon père est totalement impuissant face à la douleur et à l'angoisse de savoir sa fille si mal, mais aussi impuissant face à la détresse de ma mère. A cette époque, j'ai commencé à vivre ma vie d'adolescente et surtout à traverser une crise qui s'est éteinte assez vite. J'ai changé d'ami à l'école. J'ai commencé à fumer en cachette derrière les bâtiments, avec le sentiment de vivre enfin intensément et dans l'urgence.

Je me souviens bien des parties de rigolade lorsque nous courrions pour nous cacher après avoir fumé. Sauf qu'un jour, j'ai été prise en flagrant délit par une enseignante. J'ai été convoquée dans le bureau de la directrice. C'était une petite femme rondouillette.

Elle avait les cheveux coupés au carré. Son nez pointu et aquilin était légèrement dévié. Nous la connaissions peu mais quand elle était là, nous ne mouftions pas. Sa voix était très particulière, à la fois nasillarde et cassée. Au fond de moi, j'ai peur car elle m'impressionne et j'ai surtout peur des représailles à la maison. Mais, je veux être brave. Je la regarde fixement et crânement dans les yeux et je décide qu'elle ne me fera pas pleurer Tu fais ça pour les faire réagir, pour qu'ils te regardent enfin?

J'ai oublié la fin de la conversation, mais la semaine qui a suivi, elle s'est rendue à la maison. Nous avons discuté au coin du feu. En fait, nous avons un peu discuté de moi mais beaucoup d'Estelle.

Mes parents ont je pense pris conscience qu'ils m'avaient un peu oubliée dans la bataille. Ils se sont engagés à veiller davantage sur moi.

Mon père en a profité pour critiquer ma mère devant la directrice. Il a reproché à ma mère d'être toujours sur mon dos, de me critiquer sans cesse. Lui est passé pour le beau chevalier blanc. Dans ces propos, il a réussi à susciter en moi la rage et la colère car dans sa manière d'agir vis-à-vis de ma mère, je voyais mon frère face à moi.

Comment aurai pu-je raconter ce qui m'était arrivé à cette époque-là? Pouvais-je ajouter de la souffrance à mes parents? Pouvais-je amplifier le sentiment de culpabilité de ma mère? Pouvais-je salir l'image de mon frère, le survivant, le miraculé?

La famille était totalement en morceau à cette époque. Un de ses éléments forts était touché. Pouvais-je prendre la responsabilité de la briser encore plus? Outre la superbe plastique d'Eva Green, admirable sous toutes les coutures, ce film possède beaucoup de qualités: Soit trois jeunes livrés avec le pack jeunesse: Matthew est américain et débarque en France où il compte parfaire son français dans les salles obscures de la Cinémathèque très fréquent, vraiment.

Il y rencontre Isabelle Isa pour les intimes très intimes et Théo, frère et soeur, et jumeaux, et français Lire l'avis à propos de Innocents. En laissant à distance la matière pourtant fertile que constitue la révolte étudiante de 68 pour se focaliser sur un trio amoureux en huis-clos Green, Garrel et Pitt magnifiques Bertolucci signe avec Innocents une oeuvre singulière, imparfaite, parfois agaçante mais souvent attachante, à la fois hommage à la cinéphilie des années 60 et poème sur lequel souffle un vent de liberté sexuelle Ce site utilise des cookies , afin de vous permettre de naviguer en restant connecté à votre compte, de recueillir des statistiques de fréquentation et de navigation sur le site, et de vous proposer des publicités ciblées et limitées.

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